Notre conférence portera aujourd'hui sur les oiseaux coureurs.
Le représentant emblématique de la catégorie des oiseaux coureurs est l'autruche. Cet animal est devenu célèbre au travers des multiples revues déshabillées présentées dans les cabarets parisiens (Lido, Moulin rouge, Crazy horse...). Son plumage dévoile habilement l'irréprochable plastique des sublimes créatures qui font l'orgueil et le charme fou (moi aussi je peux faire du Nelson Montfort) de ces revues cul - turelles. Line Renaud, Zizi Jeanmaire, Lisette Malidor se sont parées des plumes de l'autruche et ont arboré ces glorieux cache-frifri dont l'attrait irrésistible a provoqué tant d'invasions et autres drames historiques (si les Allemands avaient obtenu à temps leurs billets du Lido en 1914 et en 1940, ils ne seraient jamais entrés par effraction dans nos salles de spectacle). Une caractéristique souvent méconnue de cet intéressant volatile tient à son régime alimentaire. L'autruche se nourrit de réveils, ce qui explique sa ponctualité légendaire exploitée par tous les chasseurs d'autruche : cet oiseau va s'abreuver et se nourrir à heures fixes, ce qui permet aux chasseurs ayant réglé leur montre sur le bon fuseau horaire de se poster au moment opportun pour capturer et plumer le gracieux animal.
La variante romantique de l'autruche est l'émeu, connu pour avoir la larme facile : un rien l'attendrit, son regard se mouille, sa vue se brouille et crac, le prédateur survient. Le procédé cynégétique le plus utilisé et le plus déloyal consiste à laisser en évidence dans la savane une pile de magazines tels que Nous deux ou des livres de la collection Harlequin. Le malheureux animal se plonge aussitôt dans une lecture qui le fascine et en fait une proie commode pour les chasseurs qui exploitent sans vergogne sa tendresse naturelle. L'émeu est d'ailleurs en voie de disparition dans notre monde si cruel.
Notre prochaine conférence traitera d'une variété particulière d'oiseau coureur, le casoar. Ce bipède martial et rarissime s'établit dans de petites niches écologiques généralement situées près des casernes et des ministères de la défense. Il ne peut en effet nicher que sur le crâne d'une espèce unique de mammifères avec lesquels il vit en symbiose, les cyrards, un peu comme vit la cigogne en haut des clochers.
Je vous remercie de votre attention.
Signé : Professeur Décononzunpeu, membre de l'Institut, décoré des palmes académiques